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A quelques heures de sa confrontation
contre le PSG, l'AS Yzeure continue sa préparation, avec toujours
la même bonne humeur et une apparente décontraction. Mais
plus les heures passent, plus on approche de la terrible annonce de la
sélection des seize. Une épreuve douloureuse, aussi bien
pour l'entraîneur que pour les joueurs. Vivez ces instants d'émotions
avec nous, lors de ce deuxième épisode de la vie d'une équipe
placée sous les feux de la rampe !
Si l'AS Yzeure se prépare
aussi sereinement à son seizième de finale contre le PSG,
c'est aussi grâce à la masse de travail considérable
effectuée par l'ensemble des bénévoles. Dans l'ombre,
ils ont oeuvré pour que tout ce qui concerne la préparation
de la rencontre ne connaisse aucun accroc. Le président Jean
Lorigeon, lui-même, n'hésite pas à le souligner
: "Au niveau administratif, les bénévoles effectuent un
travail considérable. C'est un bénévolat à
la limite du raisonnable. Mais là encore, tout est question de confiance.
Et puis ce sont tous des vrais supporters. D'ailleurs à Yzeure,
on possède l'une des meilleures affluences de France et on a même
créé un club de partenaires en début de saison, alors
que la situation n'était pas encourageante. On a su retrouver les
vrais supporters." Et il est certain qu'à Yzeure, on se rend
compte très vite de cet enthousiasme des bénévoles
et des supporters à soutenir leur équipe. Ainsi, le soir
de l'ouverture des pré-réservations pour le match, ils étaient
très nombreux à attendre derrière les barrières
pour obtenir le premier sésame. Certains n'ont pas hésité
à arriver très tôt dans l'après-midi. Cette
complicité entre l'équipe et les supporters se manifestaient
aussi sous une apparence humoristique, lorsque l'entraîneur Nicolas
Dupuis et certains joueurs coupaient la queue pour rentrer dans le hall
principal, là même où étaient vendus les places,
et se faisaient cordialement siffler. Des places qui se sont arrachées
comme des petits pains, ainsi que les écharpes-souvenirs Yzeure-PSG,
confectionnées à cet effet. D'ailleurs, cette chasse ouverte
à la place fait sourire Arnaud Hervier : "Je passe presque
plus de temps à répondre au téléphone pour
m'occuper des places, qu'à penser au match [sourire]."
L'engouement des supporters !
Cette folie des supporters a aussi
atteint Guy Chambefort, le maire d'Yzeure, qui a songé un
moment affréter un car spécial pour la municipalité.
Mais en fin de compte, il préfère que tout le monde se mélange.
Ce passionné de sports ne sera pas de la partie, et s'en explique
avec humour : "Il y a une réception après le match, alors
je ne voudrais pas faire attendre tout le monde. D'ailleurs je garde la
tête froide. J'irai assister au match du PSG avec la même sérénité
que lors du premier tour contre Neuilly-Le-Réal. Je gère
la situation tranquillement. Le plus drôle, ce sont les demandes
qui me sont faites pour être placé en tribune d'honneur à
mes côtés." Monsieur le maire, d'ailleurs, aurait bien
volontiers accepté la proposition de l'entraîneur de s'installer
sur le banc de touche. Dernier aspect et non des moindres, un concours
de vitrines a été lancé par Henri Berange,
adjoint au maire, chargé des sports, mais qui ne se livrera pourtant
à aucun pronostic : "On gère très bien le quotidien
et l'activité sportive. On a d'ailleurs lancé un petit concours
de vitrines auprès des commerçants qui pourront gagner des
places pour la rencontre... Je sentais bien le match contre Cannes, d'ailleurs
lorsque je me mets le long de la main courante, on gagne, là je
ne sais pas comment je vais pouvoir faire [sourires]. Mais ce qui
est important, c'est que ce soit la grande fête. C'est un peu inespéré,
donc il faut en profiter. Le match en lui-même est difficile à
sentir. J'espère que les joueurs pourront jouer correctement. Quelque
soit le résultat, c'est le championnat qui reste le plus important",
souligne-t-il, lui aussi.
Concours de vitrines !
Il faut bien le reconnaître,
même l'entraîneur s'est laissé piéger par la
qualité des vitrines de magasins tout autour de la place de l'Hôtel
de ville. Ainsi on le voit bien, si certains supporters seront présents
également pour découvrir les stars du PSG, il existe véritablement
une ferveur permanente yzeurienne qui s'explique aussi par l'existence
d'un club de football féminin, par une équipe de tennis de
Nationale 3 et l'organisation d'un tournoi d'hiver, qui compte parmi les
plus réputés et qu'une certaine Amélie Mauresmo a
d'ailleurs remporté en 1993... Tiens, tiens ! Yzeure serait-elle
la ville de futurs champions ?
Yzeure, une ville qui découvre
des champions !
Guy Chambefort répond
à cette interrogation sur le recrutement de sportifs au sein de
sa collectivité : "Les sportifs que nous recrutons s'impliquent
énormément. Si parmi eux, il y a d'éventuels contrats
professionnels, tant mieux. Mais nous leur tenons un discours réaliste
et sérieux pour ne pas qu'ils fassent n'importe quoi. Avant
d'accepter une proposition, je leur demande de me montrer ce qu'on leur
offre pour qu'ils ne soient pas roulés dans la farine. Certains
reviennent d'ailleurs nous voir, car ils se sentent bien ici." Un environnement
favorable, dont nous parlions hier, qui n'empêche pas un recrutement
de qualité et avec rigueur qui est effectué en concordance
entre l'entraîneur et le maire, pour justement maintenir cette ligne
directrice. "Tout cela permet au club d'avoir une bonne image à
l'extérieur", souligne encore Guy Chambefort, "mais par contre,
je ne tolère pas au niveau sportif la critique de l'arbitrage, ni
au niveau professionnel le relâchement dans le travail, à
un ou deux aménagement près en certaines circonstances."
Le PSG s'approche à grand
pas : quelle équipe choisir ?
Et le travail sous le plan sportif
devrait permettre de rester dans l'histoire, en ayant réussi à
se maintenir en CFA2, dès la première année et sans
doute aussi grâce à la Coupe de France, comme nous le rappelait
Nicolas
Dupuis. "L'apport financier, confiance et sponsors, sera mis au
service du championnat. Le travail psychologique sera d'importance vis-à-vis
de ceux qui ne seront pas retenus, ceux qui resteront ensuite sur le banc
de touche. Et on m'en voudra à mort, mais je reste serein parce
qu'on me fait confiance et que la priorité reste le championnat."
Les éléments déterminants
pour le choix !
Le championnat reste bien sûr
la priorité, mais le match du PSG se rapprochant, avec l'échéance
de la sélection des seize, il a bien fallu rentrer dans le sujet
plus largement. C'est dans une ambiance celtique et devant une bonne assiette
de rognons que Nicolas Dupuis nous en livre un peu plus : "Ce
sera difficile d'annoncer la sélection, mais j'ai deux possibilités
sur le groupe des onze. Ma décision sera aussi dépendante
de ce que je vais trouver en face de moi. Je me souviens d'un Lestrade
qui avait été titulaire toute l'année, mais qui avait
dû rester sur le banc, à cause du retrait de Rai de la feuille
de match. Il faudra voir s'il y a des petits au milieu ou si le PSG s'oriente
vers un jeu long. Mais je m'attends à trouver une organisation en
3-4-2-1. J'attendrai de toute façon les dix dernières
minutes pour annoncer la composition des onze titulaires. Il y aura de
la déception, mais on ne peut rien laisser au hasard. On a bien
conscience qu'on risque de subir, notamment dans le domaine aérien,
mais on doit être capable de réagir et donc garder des solutions
offensives pour leur mettre un peu la pression, sans jouer contre nature.
En coupe c'est vrai qu'il ne faut pas perdre, mais cela nécessite
aussi de devoir marquer. Un des derniers points-clés, c'est la vitesse.
Mais on s'est bien préparé physiquement, la trêve a
été très courte et la motivation est là. Samedi
matin, je vais les saouler en leur énumérant leurs faiblesses
et leurs points forts, et de toute manière cela leur servira pour
le championnat. Bottone est le joueur qui correspondrait bien à
ce type de situation de jeu. Il nous arrivait de Montpellier à 19
ans, sans avoir jamais vécu seul. C'est un joueur très adroit
et capable de lire les trajectoires du ballon [NDLR : bonne nouvelle
pour l'entraîneur yzeurien, puisque Bottone ne sera finalement pas
suspendu pour ce match]. Au PSG, il y en a un ou deux qui me paraissent
un peu plus moyens, donc à nous d'apporter quelque chose de supplémentaire
à ce niveau-là. Autant au niveau tactique et technique on
ne peut pas rivaliser, autant sur un match, on pourrait au physique, et
gagner les duels s'avérera très important. Mais Ronaldinho
ou pas, il faudra qu'il touche des ballons propres et dans les règles.
Il y a façon de faire et il va falloir être plus rugueux pour
gagner les duels. Il n' y a pas de respect à avoir, il faut y aller."
Le danger d'un arbitrage trop
protecteur de Paris
Très attentif au discours
de son entraîneur, Arnaud Hervier reste réaliste :
"Je
sais très bien que je fais partie des choix en balance. Tout le
monde a bien travaillé. Je ne pense pas spécialement à
Paris et je me suis mis en vacances. Mes défauts c'est la vitesse,
mais j'ai un relatif bon jeu de tête et des qualités de relanceur,
en étant réaliste. Derrière, on est là pour
défendre et non pas pour prendre des buts. J'aurai moins de mal
contre Aloisio que contre Leroy. Mais je ne me mets pas trop de pression.
J'aime bien déconner, chanter, rigoler, penser à autre chose,
mais je reste au diapason du groupe. J'essaie d'être détendu
pour rester sérieux sur le terrain. C'est pour cela que moi, si
j'avais le choix, j'irai bien assister au match de rugby de Montferrand
l'après-midi, avant d'aller affronter le PSG." Le soir même,
Arnaud Hervier appliquait sa bonne vieille méthode de préparation
sur le terrain d'entraînement. Une apparente décontraction,
visiblement collective.
Le point de vue d'un capitaine
Pourtant, il paraissait indéniable
que la pression monte sur les épaules des joueurs, comme sur celle
de l'entraîneur. Dans la fraîcheur du soir, c'était
la dernière chance d'obtenir les faveurs de l'entraîneur pour
rentrer dans le groupe des seize. Au programme, petits échauffements
par deux, jeux de têtes, longues transversales et un petit match
entre deux équipes de neuf, en triangle, où il était
interdit de prendre le ballon dans le rond central. Du rythme, du rythme
et encore du rythme... Nous y avons retrouvé un Emmanuel Coissieux,
dans sa tenue de sportif. Quelques heures plus tôt, il arborait un
beau costume-cravate et nous parlait de son métier et de ce match
de Coupe de France, devant un café, à une table du bar Saint-Pierre
de Yzeure, où sa notoriété était encore mise
à l'honneur. Emmanuel est défenseur central à l'AS
Yzeure. Il est âgé de 29 ans et, nous explique t-il avec force
sourires, son dernier contact pro était à Nîmes et
il attend toujours la réponse : "J'avais aussi eu Martigues,
mais je n'ai pas de regrets et j'ai rencontré ma femme c'est très
important également."
Manu Coissieux tient le rôle
de capitaine au sein de l'effectif de l'AS Yzeure et lui aussi aborde la
rencontre avec beaucoup de réalisme et de sérénité.
"Le
coach a déjà son équipe en tête. Je ne pense
pas qu'il change grand chose. Il faut gagner sa place à l'entraînement.
Je suis capitaine, mais cela ne veut pas dire être titulaire. Je
ne vais pas changer mes habitudes. C'est valorisant d'être capitaine.
Avant j'avais le rôle dans les anciens clubs, mais sans le brassard.
Je suis un garçon qui donne tout. J'essaie de faire le mieux possible,
par rapport à mes coéquipiers et d'être quasiment irréprochable
sur le terrain. Simplement, cette fois-ci, il y aura 10 000 spectateurs".
Un coup de geule qui fait du bien
!
Occuper le poste de défenseur
implique aussi de s'exposer à la faute : "On n'y pense pas au
carton. On a un jeu viril, mais pas méchant. Après c'est
un peu un jeu avec l'arbitre. Avec l'âge, on prend moins de cartons.
Un joueur qui s'engage n'est pas forcément agressif. Mais il ne
faut pas que l'arbitre protège le PSG. C'est un peu la hantise.
Au départ, ce qui était dur à accepter pour ma hiérarchie,
c'était d'avoir une autre activité, donc je suis payé
sur mes chiffres. Aujourd'hui c'est bien rentré dans les moeurs
et on me regarde un peu différemment. Mais ils me suivent, même
avant l'aventure Coupe de France. Ils ont conscience que c'est un niveau
qui demande de la rigueur. J'ai la chance d'avoir un directeur stéphanois
qui adore le foot. Mon souvenir le plus fort, c'est le match à Veaux-en-Velin,
car l'état d'esprit était catastrophique. On était
vraiment pas bien. J'ai déclaré en avoir marre de perdre
et pour la première fois, j'ai parlé de manière un
peu rude. Là tout le monde a réagi positivement. On a gagné
3-0 et j'étais vraiment ravi. A Yzeure, il y a cet esprit de famille,
mais en même temps ça manquait de sérieux. Là,
on a progressé dans ce domaine, tout en gardant l'esprit de famille
que Nicolas Dupuis a su préserver. J'espère qu'on va continuer
désormais comme cela en championnat. On a un parcours de premier
actuellement. En coupe, on aura fait un truc. Je suis natif de Montélimar,
donc je suis supporter de Marseille, mais je ne hais personne. Paris fait
partie des grandes équipes et j'admire Pochettino et Heinze, ou
Arteta dans l'entrejeu. Il y a tellement de grands joueurs. L'après
PSG va être un moment délicat. Il va falloir vite retomber
sur terre et se reconditionner tout de suite, dès la fin de la semaine
suivante. On espérait l'OM, certes c'est vrai, mais on ne va pas
faire la fine bouche. J'espère que le match ne sera pas reporté
et puis que le public verra une bonne rencontre, même si on sait
bien qu'ils sont aussi là pour le PSG. L'objectif sera de tenir
le plus longtemps possible. Mais on est onze, ils sont onze et on reste
des hommes, donc sur un match on ne sait jamais. On est à cent pour
cent mentalement. Je craindrai le plus les dix premières minutes,
avec le round d'observation et un tantinet timide. Mais il ne faudra pas
que cela dure trop longtemps. Mon souhait serait aussi de continuer à
former un bon groupe, car à Yzeure et avec l'appui du maire et des
sponsors, on continuera à aller de l'avant, et la compétition
cela a du bon."
La liste noire !
Si finalement, l'entraîneur
de l'AS Yzeure, comme les joueurs, passent presque plus de temps au téléphone
qu'à l'entraînement, c'est bien le meilleur moyen de réaliser
ce qui leur arrive. "C'est bien. Il faut le savourer, mais c'est prenant
et stressant. On ne va pas se plaindre, le tout est aussi question d'adaptation",
analyse Nicolas Dupuis. Mais hier soir, au Stade de Bellecombes
après l'échauffement, l'un des moments les plus terribles
à affronter est arrivé. Celui qui signale que l'AS Yzeure
n'est plus qu'à vingt-quatre heures de ce match mythique dans son
histoire. Il a fallu communiquer la liste des seize joueurs retenus pour
le voyage, laissant les autres dans leurs larmes qu'ils sécheront
certainement très vite, en se tournant de nouveau vers le championnat.
Mais pourtant, cette scène, ils la revivent chaque semaine avec
la même intensité et la même crainte. Sauf que cette
fois-ci, la saveur est différente.
Une dernière nuit de sommeil
attend donc les seize Yzeuriens qui pénétreront dans le tunnel
du stade Gabriel-Montpied ce samedi soir, portant les espoirs de toute
une ville et d'une région. Nous les retrouverons ce matin pour vivre
la dernière journée de préparation et le match. En
attendant, nous nous sommes livrés à un dernier petit jeu,
en demandant à Nicolas Dupuis et à Emmanuel Coissieux de
remplir la grille du Loto sportif. Vous voulez savoir ce qu'ils ont joué.
Alors rendez-vous demain pour la suite de leurs périple au paradis
!
Christophe
Andréeff
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