Algérie : le piège s'est refermé

Par Youcef Touaitia - Actu Mondial 2026, Mise en ligne: le 03/07/2026 à 20h00 - com.
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Éliminée par la Suisse (0-2) en 16es de finale de la Coupe du monde 2026, l'Algérie a confirmé toutes les limites déjà visibles depuis de longs mois. Choix illisibles, cadres protégés, jeunesse sous-utilisée, manque d'intensité et de caractère : les Verts ont payé au prix fort leur refus de trancher.

Algérie : le piège s'est refermé
Ibrahim Maza, seul au monde.

Il y a un an, le danger était déjà là. Derrière des résultats parfois flatteurs, l'Algérie avançait dans un entre-deux dangereux, coincée entre une génération 2019 prolongée au-delà du raisonnable et une relève prometteuse maintenue dans la salle d'attente. Le Mondial devait permettre de mesurer le niveau réel des Verts. Il l'a fait brutalement.

Séchée par l'Argentine (0-3), poussive contre la Jordanie (2-1), spectaculaire mais désordonnée contre l'Autriche (3-3), puis impuissante face à la Suisse (0-2), la sélection de Vladimir Petkovic n'a jamais donné l'impression d'être une équipe sûre de son plan. L'élimination n'est pas un accident, mais l'aboutissement logique d'un projet sans ligne claire.

Une équipe sans colonne vertébrale

Le flou a commencé dès le poste de gardien. Luca Zidane a été installé comme titulaire sans références évidentes au plus haut niveau international, avant d'être écarté contre l'Autriche, dans le match décisif pour la qualification, au profit d'Oussama Benbot. Puis le fils de Zinedine est revenu contre la Suisse. À un poste qui réclame stabilité et hiérarchie claire, cette gestion a résumé l'impression générale : l'Algérie ne savait pas vraiment où elle allait. Même constat en défense, où Petkovic a maintenu jusqu'au bout l'axe Aïssa Mandi-Ramy Bensebaïni, deux joueurs expérimentés mais lents, peu complémentaires, et incapables d'apporter une vraie relance verticale.


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Le plus incompréhensible reste l'absence d'adaptation au profil des joueurs disponibles. Avec Rafik Belghali et Rayan Aït Nouri, deux latéraux très portés vers l'avant, une défense à cinq semblait offrir une solution naturelle pour les utiliser en pistons tout en protégeant davantage l'axe. Zineddine Belaïd, capable d'apporter du caractère, de l'agressivité et une présence centrale, n'a quasiment pas existé dans cette Coupe du monde. Au lieu de construire un système autour des qualités de son groupe, Petkovic a persisté dans une structure qui exposait ses limites. Le but suisse, avec une défense prise de vitesse, a résumé ce problème mieux que n'importe quel discours.

La République des statuts

Au milieu aussi, la logique sportive a trop souvent semblé passer derrière la logique des statuts. Nabil Bentaleb, absent de la dernière CAN, est redevenu un cadre majeur au Mondial sans que l'équipe ne gagne réellement en intensité ou en vitesse de circulation. Ramiz Zerrouki n'a jamais dissipé ses limites en sélection, Houssem Aouar a été utilisé sans continuité entre le coeur du jeu et un couloir, tandis qu'Ibrahim Maza, l'un des rares joueurs capables de porter le ballon et de créer des décalages, a été sacrifié en faux numéro 9 contre la Suisse. Un choix difficilement compréhensible pour un joueur dont la finition n'est pas la première qualité et qui n'avait pas été préparé à ce rôle dans un match couperet.

Devant, le constat est encore plus dur. Riyad Mahrez a joué 262 minutes dans ce tournoi alors qu'il n'a plus le volume, les appels ni l'explosivité d'un ailier de très haut niveau. Son doublé contre l'Autriche a masqué une réalité plus profonde : dans le football actuel, les couloirs demandent des courses, du pressing, de la profondeur, de la répétition. Amine Gouiri, lui, a traversé ce Mondial sans donner l'impression d'apporter l'impact, le pressing ou le caractère attendus. Et dans ce désert d'intensité, l'absence d'un vrai point d'appui comme Baghdad Bounedjah interroge forcément. L'ancien héros de 2019 appartient lui aussi au passé, mais il détonne dans cette génération par son énergie, son agressivité, son sens du but et sa capacité à peser sur une défense.

Riyad Mahrez, symbole d'une équipe qui n'avance plus

Une jeunesse maintenue à distance

Pendant que certains statuts continuaient d'occuper l'espace, la relève a regardé depuis la salle d'attente. Yacine Titraoui n'a pas disputé la moindre minute, Adil Boulbina seulement 19, Farès Ghedjemis une seule, et Anis Hadj Moussa a été utilisé par fragments après avoir été lancé dans un contexte très difficile contre l'Argentine. Même Ilan Kebbal, auteur d'une belle saison avec le Paris FC, n'a pas été convoqué. Il ne s'agit pas de prétendre que ces joueurs auraient tout changé à eux seuls. Mais leur faible place dans le projet traduit une réalité implacable : la relève n'a pas échoué, elle n'a jamais vraiment eu le droit d'exister.

C'est là que le conservatisme algérien devient le plus absurde. Petkovic avait sous la main des profils capables d'apporter fraîcheur, percussion, vitesse, verticalité et insouciance. Il a préféré sécuriser avec des joueurs plus installés, parfois plus lisibles sur le papier, mais moins adaptés au rythme du très haut niveau. La moyenne d'âge du groupe (27,2 ans) ne dit pas tout. Le problème n'était pas seulement l'âge des joueurs, mais l'âge des idées. La CAN 2019 devait être une fondation. Elle est devenue une rente. À force de protéger le passé, l'Algérie a empêché son avenir de prendre le pouvoir.

Le mauvais calcul

Le match contre l'Autriche a aussi raconté quelque chose de cette équipe. À 2-2, les deux sélections savaient que le nul les qualifiait. L'Algérie faisait tourner, l'Autriche attendait, et le match semblait glisser vers un résultat qui arrangeait tout le monde. Puis Mahrez a marqué à la 94e minute. Sur le moment, ce but avait une valeur symbolique : face à l'Autriche, il pouvait être vu comme une revanche tardive sur l'histoire, quarante-quatre ans après le traumatisme de 1982. Mais il envoyait aussi l'Algérie vers l'Espagne, un adversaire plus prestigieux et plus dangereux. En Coupe du monde, cela ne devrait pas être un problème. On vient pour jouer les meilleurs, pas pour calculer éternellement sa route.

Quelques secondes plus tard, la Khadra a pourtant encaissé le but du 3-3, retrouvant finalement la Suisse. Sans affirmer que ce but a été accepté ou recherché, il a forcément nourri une impression désagréable, celle d'une équipe soulagée, ou au moins arrangée, de ne pas croiser la Roja. Le terrain a répondu sèchement. Face à la Suisse, obstacle théoriquement plus abordable, l'Algérie n'a pas été malheureuse, héroïque ou trahie par un détail. Elle a été dominée dans l'impact, la cohérence et la lucidité. Vouloir éviter un très grand d'Europe peut s'entendre. Mais encore faut-il prouver ensuite que l'on méritait ce chemin. Or, les Verts ne l'ont jamais fait.

Pas de revanche... pour affronter la Suisse

Une équipe sans intensité ni caractère

C'est peut-être le plus grand échec de ce Mondial : l'Algérie a semblé en retard sur les exigences du football moderne. Trop peu d'intensité, trop peu d'appels, trop peu de courses vers l'avant, trop peu de frappes, trop peu de présence dans la surface. Les Verts ont souvent donné l'impression de vouloir faire circuler le ballon sans jamais accélérer suffisamment pour faire mal. Au très haut niveau, la maîtrise sans rythme ne suffit plus. Les grandes équipes courent, pressent, attaquent la profondeur, répètent les efforts. L'Algérie, elle, a trop souvent joué à contretemps, avec un football de conservation. Après le quart de finale de CAN perdu contre le Nigeria sans tir cadré, le 0-0 contre l'Uruguay en amical ou encore le match contre l'Argentine sans cadrer, ce mal était déjà visible. Au Mondial, il a éclaté au grand jour.

Derrière cette absence d'intensité, il y a surtout un manque de caractère. L'Algérie de 2014 avait perdu contre l'Allemagne, mais elle avait laissé une trace parce qu'elle avait tout donné. On pouvait voir les limites, mais aussi le courage, l'engagement, la fierté, cette capacité à jouer comme si chaque duel comptait. Même Djamel Belmadi, avec tous ses excès sur la fin, incarnait quelque chose. Petkovic, lui, n'a jamais transmis cette flamme. Son équipe lui a ressemblé : trop neutre, trop plate, trop peu habitée et finalement sans aucune saveur. Une sélection peut perdre. Mais elle ne peut pas traverser un Mondial avec aussi peu de nerf, aussi peu de révolte et aussi peu d'émotion.

Petkovic et la FAF face à leurs responsabilités

Le discours tenu après l'élimination n'a fait qu'aggraver cette impression. L'adjoint Davide Morandi a refusé de voir uniquement du négatif, estimant que l'Algérie avait mis la Suisse en difficulté, avant de relativiser les neuf buts encaissés en rappelant que «c'est la Coupe du monde» et que les adversaires étaient «d'un autre niveau» . Cette sortie résume le décalage entre les attentes et les  résultats. Quand une sélection comme l'Algérie accepte presque d'être dépassée au nom du niveau adverse, elle ne parle plus comme une équipe ambitieuse, mais surtout comme une équipe qui s'est déjà trouvée des circonstances atténuantes.

Petkovic porte une immense responsabilité. Il a mal hiérarchisé ses gardiens, maintenu une défense centrale limitée, refusé d'exploiter pleinement ses pistons, réinstallé des statuts discutables, déplacé des joueurs clés, et traversé le tournoi sans identité forte. Mais le problème dépasse son cas personnel. La FAF a aussi validé ce flou en prolongeant son sélectionneur avant même que le Mondial ne livre son verdict. Avec un format élargi et une Jordanie nettement plus faible dans le groupe, atteindre les 16es de finale ne pouvait pas représenter un sommet d'exigence. En récompensant trop tôt un objectif minimal, la Fédération a surtout envoyé un message terrible : celui d'une sélection qui se contente d'être présente, au lieu de chercher réellement à compter.

Vladimir Petkovic à l'image de la sélection algérienne

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