Espagne : Rodri, le juste milieu
com.Champion d'Europe, champion du monde, Ballon d'Or et héros de la première Ligue des Champions de Manchester City, Rodri a changé de dimension en deux ans. À 30 ans et annoncé au FC Barcelone, l'Espagnol oblige désormais à revoir sa place dans l'histoire des grands milieux de terrain.

Longtemps, le débat autour de Rodri est parti d'une comparaison ingrate. Xavi faisait mieux ceci, Andrés Iniesta faisait mieux cela, Sergio Busquets avait quelque chose que le Madrilène n'avait pas. À force de le mesurer aux trois références absolues du football espagnol, on a fini par oublier l'essentiel : Rodri construisait sa propre place parmi eux.
Un héritier construit autrement
Xavi, Iniesta et Busquets ont grandi, joué et gagné ensemble. Au FC Barcelone comme avec l'Espagne, les trois hommes formaient un bloc presque indissociable. Rodri, lui, n'a jamais vraiment eu ce confort. Ses partenaires ont changé à Manchester City, davantage encore avec la Roja. Pas son importance : les équipes ont presque toujours fini par s'articuler autour de lui.
Pourtant, le Citizen a un peu de chacun. Du Xavi dans la gestion du tempo, du Busquets sous pression et quelque chose d'Iniesta dans les grands matchs. Mais Rodri est plus grand, plus puissant, mieux armé pour défendre de grands espaces. Moins gracieux aussi. Lui demander de réunir les qualités des trois était peut-être le meilleur moyen de ne jamais apprécier pleinement les siennes.
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Les grands rendez-vous ont fini de parler
Il suffit de revenir sur les deux premières finales de Ligue des Champions disputées par Manchester City. En 2021, Pep Guardiola surprend tout le monde en se passant de Rodri et Fernandinho au coup d'envoi contre Chelsea. Résultat ? City s'incline (0-1). Impossible d'affirmer que la présence de l'Espagnol aurait changé l'histoire. Deux ans plus tard, Guardiola ne se pose plus la question. Rodri débute contre l'Inter (1-0), marque le seul but du match et offre à City la première C1 de son histoire.
La suite l'a fait basculer dans une autre catégorie. Meilleur joueur de l'Euro 2024, Ballon d'Or quelques mois plus tard, puis capitaine et meilleur joueur du Mondial 2026 remporté avec la Roja, Rodri est devenu un visage de ces triomphes. Même une rupture du ligament croisé en septembre 2024, huit mois d'absence et une saison suivante compliquée physiquement n'ont pas brisé sa trajectoire. Le Mondial a finalement signé son retour au sommet.
Un CV qui coche toutes les cases
Xavi, Iniesta, Busquets et Toni Kroos ont remporté la Coupe du monde, mais jamais le Ballon d'Or. Luka Modric a décroché la récompense individuelle suprême et disputé une finale mondiale, sans la gagner. Rodri cumule Coupe du monde, Euro, Ballon d'Or, trophées de meilleur joueur de ces deux compétitions et but décisif lors de la première C1 de Manchester City. Pas de quoi le déclarer automatiquement supérieur. Mais de quoi rendre son exclusion de cette conversation difficilement défendable.
Même son Ballon d'Or 2024, si discuté face à Vinicius Junior, se regarde autrement deux ans plus tard. Depuis, Rodri a surmonté la plus grave blessure de sa carrière et soulevé la Coupe du monde avec le brassard. À 30 ans et annoncé au FC Barcelone, son histoire peut encore s'épaissir. On pourra préférer la grâce d'Iniesta, le contrôle de Xavi, la science de Busquets, la longévité de Kroos ou l'élégance de Modric. Rodri n'a plus besoin de leur ressembler. Il s'est déjà assis à leur table. Reste à savoir où il finira par s'y placer.
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