| Les Bleus
2002 : Marcel Desailly, portrait |
Désormais dans "les Bleus
vers 2002", retrouvez tous les mois le portrait d’une "pointure" de l'équipe
de France. On démarre fort ce nouveau rendez-vous avec ce vendredi
le capitaine de la sélection française : Marcel Desailly.
Portrait du boss.
Véritable rempart au sein
de la défense, le grand Marcel sévit en équipe de
France depuis presque dix ans déjà. Malgré des hauts
et des bas, il fut impérial lors du Mondial 98 et à l’Euro
2000. En fin de saison, un nouvel objectif se dresse devant le numéro
8 tricolore et ses partenaires : le Mondial 2002. S’il paraît probable
que Desailly tire sa révérence sous le maillot Bleu après
ce rendez-vous, il n’en demeure pas moins prêt à relever ce
défi…
Quand Marcel s’éveilla
en Bleu
Auréolé de la Coupe
d’Europe des Clubs Champions en mai avec l’Olympique de Marseille, Marcel
Desailly fait sa première apparition sous le maillot Bleu quelques
semaines plus tard en août 1993 contre la Suède (match nul
un à un). À cette époque, sa vie de footballeur
s’accélère de façon impressionnante.
Né en 1968 à Accra
au Ghana, c’est à Nantes à partir de 1980 que Desailly est
formé au football. En 1992, il quitte les Canaris pour rejoindre
Marseille et ses stars : les Boli, Angloma, Pelé et Olmeta. Il y
retrouve également un de ses anciens partenaires Nantais en la personne
de Didier Deschamps. La saison choisie par Desailly pour débarquer
à l’Olympique de Marseille est tout simplement la meilleure. Les
Phocéens, malgré le départ de leur attaquant vedette
Jean-Pierre Papin, réalisent une saison magnifique : le club devient
champion de France quelques jours après être monté
sur le toit de l’Europe, le 26 mai 1993 à Munich en venant à
bout du grand Milan AC un but à zéro. Marcel est de toutes
ses victoires. Son adaptation au Vélodrome se fait rapidement, grâce
évidemment à la présence de Deschamps. Il en profite
pour accomplir une saison pleine.
Sent-il le vent tourner ? La saison
idéale de l’O.M. se transforme vite en l’un des plus grands scandales
du football français. Sans tarder, Marcel quitte la Canebière
et rejoint le Milan AC pendant l’été 1993. Bien plus qu’à
Marseille, il retrouve les grandes pointures du football européen
: les défenseurs Italiens Franco Baresi et Paolo Maldini ou le buteur
Hollandais Marco Van Basten. Difficile alors pour l’ancien Nantais de se
faire une place au milieu de cette équipe. Son adaptation est difficile
mais il parvient peu à peu s’imposer au sein de la défense
milanaise.
L’année 93 est décidément
une année riche pour Marcel comme pour tout le football français
d’ailleurs. Riche en bonheur, mais riche en malheur également. Lorsqu’il
est appelé en équipe de France, celle-ci, emmené par
Gérard Houllier sélectionneur doit disputer un match décisif
contre la Suède. La France joue en effet sa place pour la Coupe
du Monde 94, il ne reste plus que trois matchs et les Bleus peuvent se
qualifier dès cette rencontre. Les Suédois contraignent les
Tricolores au match nul. Il faudra donc attendre le prochain match pour
concrétiser les espoirs Bleus. Mais contre Israël, la France
tombe aussi sur un os : au Parc des Princes, les Français s’inclinent
deux buts à trois. Le pire arrive quelques semaines plus tard :
la dernière chance offerte aux Bleus de se qualifier, contre la
Bulgarie, ne leur suffira pas. Le football hexagonal restera longtemps
comateux après cet épisode. À l’époque, l’équipe
nationale n’est vraiment plus que l’ombre d’elle-même.
1994 marque le début du renouveau,
l’équipe de France doit se reconstruire. Les joueurs français
sont beaucoup plus occupés à briller avec leur club. C’est
le cas de Marcel en Italie. Cette année, il devient champion avec
Milan, remporte la Ligue des Champions (un an seulement après l’avoir
gagné avec Marseille) et la Supercoupe d’Europe. Il s’affirme comme
LE défenseur. De par sa carrure, son placement, son sens de l’effort
jamais tari, il commence à prendre sérieusement du galon.
Dans un Calcio où le fameux Catenaccio est de rigueur, il est à
bonne école pour maîtriser les rudiments de la défense.
Au cours de l’année 95, l’équipe
de France est plus que jamais engagée dans une opération
"rachat". Les Bleus doivent en effet effacer leur élimination stupide
de la World Cup, et se qualifier pour l’Euro 96 en Angleterre. Aimé
Jacquet, qui a pris la succession de Gérard Houllier en Novembre
1993, compose et dirige une équipe où le grand Marcel parvient
petit à petit à prendre la place de Roche ou Angloma. Le
6 septembre 1995, il dispute son premier match avec le brassard de capitaine
à l’occasion d’une rencontre d’éliminatoire contre l’Azerbaïdjan.
Il en profite même pour inscrire son premier but en sélection
au score fleuve (victoire dix buts à zéro).
Les Bleus ont du mal à convaincre,
mais se qualifient tout de même pour la phase finale en juin 96.
Lors de ce tournoi, où les Français échoueront en
demi-finale face à la République Tchèque, l’équipe
de France reprend vie. Marcel ne manquera qu’une seule partie, contre l’Espagne
(match nul, un à un). Un peu plutôt, au Milan AC, Desailly
est rejoint par Patrick Vieira, jeune joueur venu de Cannes et futur "Bleu".
Malgré un titre de Champion d’Italie en fin de saison (un deuxième
pour Marcel), la belle année est un peu gâchée par
une élimination " surprise " en quarts de finale de la Coupe de
l’UEFA. Pourtant victorieux à l’aller deux buts à zéro,
le Milan AC doit s’incliner trois buts à rien face aux modestes
Girondins de Bordeaux à ce stade de la compétition. Une équipe
Girondine qui compte cependant dans ses rangs des certains Bixente Lizarazu,
Zinédine Zidane ou encore Christophe Dugarry.
Pour autant, ces désillusions
ne semblent pas affecter la confiance de Marcel. Mais Milan AC connaît
une année difficile en 1997. Les résultats sont moyens, les
cadres vieillissant cèdent du terrain. En équipe de France,
l’objectif principal est la préparation au Mondial 1998 qui a lieu
en France. Les Bleus enchaînent les matchs sans enjeu. Jacquet, malgré
les critiques, travaille d’arrache pied pour composer l’équipe parfaite,
dont Marcel est définitivement devenu un habitué et un véritable
cadre. Les résultats sont bons, la manière pas toujours convaincante.
Mais l’équipe doit être prête pour le tournoi final,
affirme-t-on.
Et elle le sera. Desailly fait bien
sur partie des vingt-deux sélectionnés pour la Coupe du Monde,
où il accomplira des prestations impressionnantes. Enflammé
Marcel, se gâchera un peu la fête de la victoire finale en
allant tacler sur un contre lors de France-Brésil. C’est sous le
coup d’un carton rouge, sur le bord du terrain qu’il assiste aux derniers
instants du match, au troisième but d’Emmanuel Petit et à
la mémorable victoire tricolore !
Après ce triomphe, Marcel
quitte l’Italie et Milan pour rejoindre l’Angleterre et Chelsea. Un choix
étrange tant la stature du défenseur français aurait
pu lui ouvrir les portes d’un club prestigieux comme Barcelone ou Manchester
United. Mais ce sont les Blues de Londres qui séduisent Marcel.
Le club chic de la capitale anglaise cherche à composer une équipe
de taille pour connaître enfin de bons résultats constants.
En 1999, l’équipe de France
est irrésistible : Desailly y est aussi irréprochable. Le
match contre l’Angleterre reste comme l’une des plus belles preuves de
la confiance et la force française (les Anglais sont battus deux
buts à zéro). Les matchs éliminatoires de l’Euro 2000
sont moins couronnés de succès : les Bleus buttent contre
l’Islande, contre la Russie ou l’Ukraine ; avant de pourtant se qualifier
in extremis pour la phase finale en Belgique et aux Pays-Bas.
L’année 2000 est une grande
année pour Desailly. Il remporte la Coupe d’Angleterre et le Charity
Shield avec Chelsea, et l’Euro 2000 avec l’équipe de France. Pour
lui comme pour ses coéquipiers, c’est une année pleine, "une
consécration". Avec le départ de ses deux partenaires Laurent
Blanc et Didier Deschamps en septembre, Marcel récupère le
brassard de capitaine.
En juin 2001, le "nouveau" capitaine
des Bleus soulève sa première Coupe sous ce titre : les Bleus
remportent la Coupe des Confédérations. Depuis ce dernier
triomphe, la carrière de Desailly semble marquer le pas. Ses derniers
matchs en Bleu ont été plutôt moyens ; et des blessures
récurrentes l’ont un peu écarté des terrains du côté
de Chelsea.
Mais à l’aube de la Coupe
du Monde 2002, la volonté du grand Marcel semble inébranlable
: remporter un second trophée est son objectif primordial de la
saison.
Marcel et la Coupe du Monde 2002
Du tirage au sort de la Coupe du
Monde 2002 (la France jouera contre le Sénégal, l’Uruguay
et le Danemark) Marcel Desailly semble moyennement satisfait. Bien sur
"on ne va pas se plaindre, surtout si on regarde le groupe F (celui de
l’Angleterre, l’Argentine, la Suède et le Nigeria)". "Notre adversaire
principal sera sans doute le Danemark, mais la surprise peut venir du Sénégal.
Quant à l’Uruguay, ce n’est pas facile du tout, car cette sélection
compte dans ses rangs quelques joueurs de qualité". Prudent Marcel.
Il sait pertinemment que la France, malgré son statut de championne
du Monde, ne peut se permettre de partir en Asie la fleur au fusil.
Sur la possibilité de partir
après la Coupe du Monde 2002, Marcel reste évasif. Dernièrement,
une blessure au talon d’Achille l’a inquiété sur sa participation
à l’événement. Mais désormais rassuré,
il repart avec un moral d’acier : "Blanc et Deschamps ont su s’arrêter,
mais moi, je n’ai pas encore ces symptômes qui vous disent : ‘Attention,
il va bientôt être de temps de passer à autre chose’".
Sa volonté de prolonger est tout simplement prodigieuse. Comme si
le cours du temps ne pouvait avoir de conséquence sur ce colosse
d’un mètre quatre-vingt-trois : "Je n’ai pas l’impression d’avoir
vécu quatre ans depuis notre succès face au Brésil,
je ne m’en suis pas aperçu. Qu’est-ce que j’ai envie que le temps
suspende un peu son vol ou alors qu’il se poursuive toujours : le seul
moyen est d’être à nouveau champion du monde en 2002".
Un avis que l’on partage forcément
avec toi Marcel…
Rendez-vous vendredi prochain
pour une nouvelle chronique !
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à cet article - Etienne Sautereau
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