CAN 2025 : le Sénégal peut-il récupérer son titre ?
Déchu par la Confédération africaine de football près de deux mois après sa victoire sur le terrain contre le Maroc, le Sénégal n'a plus qu'une cartouche : le Tribunal Arbitral du Sport. Reste à savoir si ce recours peut réellement inverser un verdict aussi spectaculaire que juridiquement contesté.

Le coup de massue est tombé mardi soir. Dans un communiqué officiel, le Jury d'appel de la CAF a estimé que le Sénégal avait enfreint les articles 82 et 84 du règlement de la CAN en quittant la pelouse sans autorisation de l'arbitre lors de la finale du 18 janvier. Le premier encadre la sortie de terrain sans accord officiel, tandis que le second prévoit la sanction associée, à savoir le forfait, généralement traduit par une défaite sur tapis vert. Conséquence, la sélection sénégalaise est déclarée battue 3-0 et le titre attribué au Maroc.
Sur le papier, la décision est claire. Mais elle est loin d'être définitive sur le plan juridique. Car le Sénégal avait déjà reçu la coupe, célébré son titre et vu la commission disciplinaire valider le résultat sportif fin janvier. Ce n'est qu'en appel que la CAF a finalement inversé sa position, un revirement tardif qui fragilise la lecture d'ensemble. Entre validation initiale, remise du trophée et retournement a posteriori, la chronologie du dossier devient un élément central du débat.
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Un recours crédible, mais loin d'être gagné
Le premier levier du Sénégal concerne la compétence même du Jury d'appel. Les avocats peuvent soutenir qu'une finale déjà homologuée et suivie d'une remise officielle du trophée ne pouvait plus être renversée aussi tard, sauf élément exceptionnel. Le précédent Espérance-Wydad en 2019 va dans ce sens : après une finale perturbée par un litige sur l'assistance vidéo et un refus de reprendre le jeu, la CAF avait enchaîné des décisions contradictoires avant d'être désavouée par le TAS pour vice de procédure. Un rappel que la solidité du cadre compte autant que la règle elle-même.
Le deuxième axe porte sur l'interprétation des faits. Oui, les Sénégalais ont quitté la pelouse. Mais ils sont revenus, ont terminé le match et l'arbitre n'a jamais prononcé d'arrêt définitif. Toute la question est donc de savoir si cet épisode peut être assimilé à un abandon au sens strict du règlement, qui suppose en principe une volonté claire de ne pas reprendre la rencontre. Car c'est cette qualification qui déclenche le forfait automatique. Si la sortie est jugée temporaire, dans un contexte de contestation et non de rupture définitive, la base de la sanction devient immédiatement plus contestable.
Le TAS peut tout changer... ou tout figer
Devant le TAS, le Sénégal n'ira pas chercher un simple avis. Le tribunal arbitral constitue l'ultime instance du contentieux sportif international : il réexamine les faits et le droit, et peut confirmer la décision de la CAF, l'annuler ou renvoyer l'affaire pour un nouveau jugement. Son rôle n'est pas seulement de valider une lecture du règlement, mais d'en apprécier l'application dans son ensemble, notamment au regard du déroulement concret du match. Le recours est donc réel avec des chances importantes d'inverser la tendance.
Cela ne garantit pas pour autant une issue favorable. La CAF s'appuiera sur une lecture stricte du règlement : quitter le terrain sans autorisation constitue une infraction, et cette infraction entraîne le forfait. Le Sénégal, lui, mettra en avant la temporalité, la cohérence de la procédure et la proportionnalité de la sanction, en soulignant notamment que la rencontre est allée à son terme. En toile de fond, la question est simple : peut-on encore modifier le résultat d'un match une fois qu'il a été joué et validé ?
Les points 82 et 84 du règlement de la CAF
Article 82 : «Si, pour n'importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l'autorisation de l'arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes préalablement disqualifiées par décision de la CAF.»
Article 84 : «L'équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0. Si l'équipe adverse menait par un score plus avantageux au moment de l'arrêt du match, le score sera maintenu. D'autres mesures pourront être prises par la Commission d'organisation.»
Quelle sera l'issue définitive de cette affaire ? N'hésitez pas à réagir et à débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» …

