Comment Gerard Piqué veut en finir avec les 0-0
Revenu au centre du débat médiatique avec une proposition radicale contre les matchs nuls sans but, Gerard Piqué continue de s'imposer comme l'un des rares anciens joueurs à oser questionner frontalement le football moderne. Une sortie clivante, fidèle à un personnage qui n'a jamais craint d'innover, à tort ou à raison.

Qui aurait cru que Jean-Marie Bigard et Gerard Piqué partageraient un point commun ? L'un par la provocation comique, l'autre par la rupture assumée, tous deux ont un jour résumé le même malaise : le football reste le seul grand sport capable de se conclure sur un 0-0 sans conséquence immédiate. Là où Bigard en faisait une charge humoristique, Piqué en fait aujourd'hui un sujet de fond, posé sérieusement, sans détour, et surtout sans filtre.
Une proposition choc, assumée jusqu'au bout
Invité par le Daily Mail à s'exprimer sur l'avenir du jeu, l'ancien défenseur central du FC Barcelone n'a pas édulcoré son propos. «Je ne suis pas partisan de grands bouleversements, mais le football doit divertir. On doit aller au stade pour s'amuser, il faut attirer les nouvelles générations» , a d'abord posé le champion du monde 2010. «Qu'est-ce qu'il y a de plus excitant dans un match ? Le but. Il est donc inconcevable que des rencontres se terminent 0-0. Il est impensable de dépenser 70, 90, 100, 200 ou 300 € pour un match de Ligue des Champions et de repartir sur un 0-0. Ce n'est pas possible. Il faut que quelque chose empêche ça.»
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La solution avancée est à la hauteur du diagnostic. «Idée, un peu folle je l'admets, à discuter : si un match finit 0-0, aucune des deux équipes ne marque de point» , a lancé Piqué, conscient du caractère radical de sa proposition. «Que se passerait-il ? À la 70e minute le match s'ouvrirait : on arrêterait de défendre, on attaquerait, et il y aurait un but» , a poursuivi le Catalan, convaincu que la peur de perdre deviendrait secondaire face à l'absence totale de récompense. Sans appeler à une refonte du jeu, Piqué a insisté sur la logique incitative de sa réflexion. «Il faut des incitations, sans presque rien toucher à l'essence du jeu, pour que le football reste spectaculaire.»
Innover, quitte à froisser
Derrière la provocation, Piqué a déroulé une vision cohérente. «Le football est un produit, et ce produit doit être fun et divertissant. Il faut éviter que les gamins dégainent leur téléphone après 20 minutes» , a-t-il embrayé, avant d'élargir la réflexion. «Si on leur sert les mêmes 90 minutes qu'il y a 30 ans, ils ne regarderont plus. Avant, cela avait du sens, mais aujourd'hui il y a trop de distractions et trop de championnats. Il est temps de changer le format.» Sans renier les contraintes tactiques, il a encore ajouté : «Je comprends que certaines équipes se recroquevillent derrière par moments, mais à un moment donné il faut créer de l'émotion.»
Ce discours s'inscrit dans une trajectoire pleinement assumée. Avec son fonds Kosmos, Piqué a déjà tenté de réinventer la Coupe Davis en tennis, déclenchant une levée de boucliers chez les puristes avant un retour en arrière partiel. L'épisode reste controversé, mais il pose une question de fond : jusqu'où peut-on réformer un sport sans en altérer l'identité ? Dans le football, sa sortie sur les 0-0 s'inscrit dans la même logique. Non pas nier l'essence du jeu, mais interroger ses limites actuelles, son rapport au spectacle et à l'évolution des publics. La proposition dérange, parfois agace, mais elle a le mérite d'exister.
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