| Contre la Russie,
le Japon a obtenu, devant son public, la première victoire de son
histoire en phase finale de Coupe du Monde (1-0) ! C'est encore une fois
Junichi Inamoto qui a permis au rêve de son équipe de devenir
réalité. Et la qualification se rapproche...
Le sélectionneur français
du Japon, Philippe Troussier, devait se passer du capitaine Morioka en
défense centrale, blessé contre la Belgique et remplacé
par Tsuneyasu Miyamoto. Dans l'entrejeu, il titularisait Tomokazu Myojin
plutôt que Ichikama. En attaque, Atsushi Yanagisawa était
conservé. Soit deux modifications seulement depuis le premier match.
Contrairement à ce qui était
attendu, Youri Nikiforov et Igor Titov étaient titulaires, et Alexander
Mostovoï confiné au banc de touche. En fait, le seul changement
par rapport au match contre la Belgique était la titularisation
du jeune Marat Ismaïlov en pointe, au lieu de Bestchastnykh.
Les joueurs nippons se regroupaient
en cercle avant le début du match, comme pour mieux se retrouver
collectivement au milieu d'une ambiance du tonnerre à Yokohama,
stade où se déroulera la finale du tournoi et où la
France avait remporté la Coupe des Confédarations, l'année
passée, contre le Japon (0-1).
Légère domination
japonaise, petite réaction russe
Les premières minutes se résument
à une lutte dans l'entrejeu, même si c'est l'arrière-garde
japonaise qui doit d'abord repousser quelques ballons. Ismaïlov sur
la droite centre pour la tête de Titov, trop court (3'). En réponse,
Junichi Inamoto s'enfonce dans l'axe avant d'adresser un bon tir à
mi-hauteur, non cadré (4'). Son équipe s'efforce ensuite
de marquer le jeu de son empreinte, dans le sillage de Hidetoshi Nakata.
Inamoto encore est trop court sur
un coup-franc délivré côté droit par Shinji
Ono (7'). Le schéma général de cette entame est celui
d'une légère domination nippone, caractérisée
par une détermination supérieure dans les duels, à
laquelle la Russie oppose ses qualités de contre. Miyamoto, capitaine
en l'absence de Morioka et au même poste, se montre très sûr
- et superbe avec son masque de soutien sur la visage. Alexeï Smertine
se signale par une tentative des vingt mètres bien inoffensive (11').
Le Japon a du mal à porter
le danger dans la surface russe, sa dernière passe étant
souvent un long ballon, sans véritable accélération.
Ruslan Pimenov est averti pour un tacle à retardement sur Naoki
Matsuda (13'). Au quart d'heure de jeu, la Russie fait pression pendant
deux minutes et conclut ce bon passage par une superbe frappe, à
l'angle droit de la surface, d'Ismaïlov du droit : plongeante, elle
caresse la lucarne droite de Seigo Narazaki (15').
Il faut se réveiller !
Miyamoto écope lui aussi d'un
carton jaune pour un tirage de maillot sur Pimenov (16'). Le Japon va moins
bien ! La lourde frappe de Nikiforov sur le coup-franc consécutif
s'envole (17'). Les joueurs russes ont laissé passer le faible orage
de début de rencontre et reconnaissent le camp adverse. La confrontation
est équilibrée et indécise, même si manquent
de grandes occasions de but.
Chaque formation tend à construire
ses relances pour ne pas perdre le contrôle de la balle. Mais autant
la technique russe sert à amener rapidement le ballon chez l'adversaire,
autant les Nippons tournent plus derrière pour ensuite une ouverture
mi-longue un peu inefficace. La vitesse des attaquants japonais semble
donc être une obsession pour leurs coéquipiers plus que pour
leurs adversaires directs, dont le placement est pour l'instant sans faille.
La première période
de Japon - Belgique avait été monotone, Russie - Tunisie
n'avait pas atteint des sommets, et la première demi-heure de Japon
- Russie ne restera pas non plus dans les annales. Inamoto sort néanmoins
de l'ordinaire avec une nouvelle impulsion, sans suite immédiate
(27'). Puis c'est Koji Nakata qui déborde parfaitement sur l'aile
gauche et centre au cordeau : la défense russe repousse, mais sur
H. Nakata qui frappe sans contrôle, juste au-dessus (28') !
Quelques demi-occasions...
Les Russes vont-ils endormir la rencontre
ou s'offrir des opportunités dans le dos de l'équipe adverse
? Ils ne se posent pas la question pour l'instant, occupés à
résister aux poussées japonaises réminiscentes. Ils
font néanmoins planer une menace lorsqu'ils récupèrent
le ballon, comme sur ce ballon glissé par Titov, à l'entrée
de la surface côté gauche, dans la course de Pimenov dans
l'axe : l'attaquant russe "oublie" de s'arrêter et percute violemment
du pied Seigo Narazaki, sorti dans ses pieds et largement prioritaire (32').
En dépit de cette dernière
demi-occasion, le Japon a repris le contrôle des opérations
depuis dix minutes et confirme son intention d'ouvrir le score. Sur un
mauvais renvoi russe, K. Nakata centre de la gauche et trouve Inamoto,
dont la tête en opposition ne trouve pas le cadre (37'). Les deux
intéressés sont vraiment les plus actifs sur le terrain.
Andreï Solomatine est averti pour un tacle en retard sur Takayuki
Suzuki (38'). La pression japonaise s'accentue autour de la surface russe.
Un une-deux avec Titov lance Solomatine
sur la droite, dans la surface, et son centre en retrait est contré
fort à-propos par Kazuyuki Toda devant Igor Semchov (39'). Les choses
sont claires : chaque fois que le Japon accentue sa domination, il est
mis en danger derrière. C'est encore un jaune, pour K. Nakata, auteur
d'un tacle par derrière sur Valeri Karpine (42'). Le jeu reste brouillon
jusqu'à la mi-temps, et il faudra plus de rythme après le
repos pour le débloquer !
Encore un but d'Inamoto !
Un changement parmi les joueurs russes
à la pause (Sytchev remplace Pimenov), et on en espère un
au niveau des intentions. Karpine pourrait nous rassurer, alerté
côté droit dans la surface : il centre en retrait et Dimitri
Sytchev, décisif contre la Tunisie, est proche de reprendre au premier
poteau (47'). Ce sont pourtant les joueurs nippons qui veulent remettre
leur adversaire sous pression.
Ils ouvrent alors le score sur un
but magnifique : K. Nakata de son côté centre à
terre pour Myojin dans la surface, qui remet instantanément sur
Inamoto sur la gauche, lequel montre assez de sang-froid pour contrôler,
ouvrir son pied droit et ajuster Nigmatouline (Japon - Russie 1-0, 51')
! C'est une ouverture du score méritée, même si le
Japon a longtemps tardé à traduire dans les faits sa volonté.
La Russie doit maintenant réagir et c'est tout ce qui manquait à
cette rencontre. Dimitri Khokhlov remplace Ismaïlov, décevant
(52').
L'ambiance monte d'un cran dans les
tribunes, et la lutte est farouche dans l'entrejeu. Titov s'en extrait
pour adresser un tir rasant croisé, du droit, bien loin du but de
Narazaki (56'). Vladimir Bestchastnykh prend la place d'Alexeï Smertine
(57') : Oleg Romantsev veut revenir au score voire gagner, car il a ainsi
effectué tous ses changements. D'entrée, le nouvel arrivant
russe se signale : sollicité par un partenaire de la tête,
il s'enfonce dans la surface côté gauche, efface le gardien
vers l'extérieur et ne redresse pas assez son tir (58') !
Enfin de l'action et des occasions
Le Japon réagit immédiatement,
et Nikiforov sèche Inamoto près de l'arc de cercle, avant
d'être averti pour contestation (60'). Le coup-franc qui s'ensuit,
de H. Nakata, est manqué. Une longue balle croisée sert Yanagisawa
à gauche dans la surface : contrôle de la poitrine, demi-volée
trop haute (61'). Dans la foulée, c'est une frappe russe non cadrée
(62'). Le 1-1 et le 2-0 sont aussi proches l'un que l'autre. Karpine se
démène sur son côté droit, le plus actif des
Russes.
La physionomie du match a changé.
D'une part, c'est plus rythmé. D'autre part, le Japon évolue
aussi en contre-attaques. Sa vitesse commence à profiter des espaces
inévitablement apparus. Yanagisawa est en meilleure forme qu'au
premier match et son équipe veut continuer à pousser pour
marquer. Les Russes ne laissent plus que trois ou quatre joueurs derrière
lorsqu'ils récupèrent la balle, pour aller égaliser.
Sytchev adresse un bon tir lointain, que capte Narazaki (68'). Le jeu est
équilibré et bien plus ouvert qu'en première période.
C'est alors que Hidetoshi Nakata
rappelle à tous la qualité de sa frappe : après une
course, il expédie des vingt-cinq mètres un missile du droit
qui lobe le portier russe et percute la barre (71') ! Masashi Nakayama
remplace Suzuki (72') et se trouve très applaudi par le public,
qui ne cesse de chanter depuis vingt minutes. La Russie semble ne pas s'affoler
et perpétue ses transmissions courtes et posées, accusant
éventuellement un déficit de vitesse face à la vigilante
défense nippone.
La Russie accélère,
mais sans succès
Ono cède sa place à
Toshihiro Hattori (76'). Karpine sur la droite alerte Sytchev dans la surface,
qui crochète sur la droite avant d'adresser un tir que capte sans
grande difficulté le gardien de but japonais (77'). La Russie accélère
enfin et montre un visage plus séduisant, à l'entame du dernier
quart d'heure. Elle sollicite également plus volontiers son aile
gauche. Elle tente de combiner pour passer le dernier rideau adverse, dense
et en ligne.
Le public redouble d'encouragements
pour sa sélection, désormais acculée, souvent dans
sa surface. Sytchev pivote et frappe, de vingt-deux mètres, mais
dans les bras de Narazaki (84'). Inamoto sort, remplacé par Takashi
Fukunishi (85') : le héros est fatigué. La pression russe
est lancinante, chaque ballon à proximité de la surface génère
une crainte pour les spectateurs, car grande est la maîtrise technique
de Titov et des siens.
Nakayama est averti pour un tacle
dangereux sur Onopko (90+1'). Les dernières minutes sont très
chaudes pour les Japonais, qui ont bâti un mur dans leur surface,
tandis que la Russie poursuit ses entreprises collectives au sol. Mais
le Japon tient la première victoire de son histoire en phase finale
de Coupe du Monde !
La Russie a perdu de peu, mais
le Japon n'a pas récolté de menus profits. Ces trois points
lui font un bien énorme, le plaçant en tête du groupe
H en attendant Tunisie - Belgique. La qualification pour le second tour
du pays co-organisateur du Mondial s'annonce bien.
Réactions
Philippe Troussier (sélectionneur
français du Japon) : "C'est un grand moment que nous vivons.
Il convient de féliciter le groupe dans son ensemble. Nous savions
que la performance japonaise viendrait de la solidarité. Cette victoire
nous met en bonne position sur le dernier sprint. Mais le football nous
a souvent montré qu'il était illogique. Cette victoire va
simplement renforcer la confiance de l'équipe et celle de la nation.
Les Japonais nous ont fait confiance depuis quatre ans. Aujourd'hui, nous
sommes au rendez-vous pour leur montrer, ainsi qu'au monde entier, qu'ils
avaient raison de nous donner cette confiance."
Fiche technique
A Yokohama (Japon), Japon - Russie
1-0 (0-0)
72.370 spectateurs
Arbitre : M. Merk (Allemagne)
But
1-0 Inamoto (51', passe de Myojin)
Avertissements
Japon
Miyamoto (16', tirage de maillot
sur Pimenov), K. Nakata (42', tacle par derrière sur Karpine), Nakayama
(90+1', tacle dangereux sur Onopko)
Russie
Pimenov (13', tacle en retard sur
Matsuda), Solomatine (38', tacle en retard sur Suzuki), Nikiforov (60',
contestation)
Equipes
Japon
Narazaki - Matsuda, Miyamoto (cap.),
K. Nakata - Toda, Inamoto (Fukunishi, 86'), H. Nakata, Myojin, Ono (Hattori,
75') - Suziki (Nakayama, 72'), Yanagisawa
Russie
Nigmatouline - Solomatine, Onopko
(cap.), Nikiforov, Koftoune - Karpin, Smertine (Bestchastnykh, 57'), Titov,
Semchov - Ismaïlov (Khokhlov, 52'), Pimenov (Sytchev, 46')
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à cet article - Par Yann Peltier
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