Cameroun : le coup gagnant d'Eto'o
Deux semaines avant le coup d'envoi de la CAN, Samuel Eto'o a pris une décision radicale en écartant Marc Brys pour confier la sélection à David Pagou. Un pari à haut risque, dans un climat institutionnel délétère, qui a pourtant permis au Cameroun de retrouver une dynamique sportive et une forme de cohérence interne inattendue.

À l'heure d'affronter le Maroc en quarts de finale de la CAN, le Cameroun est déjà allé plus loin que ce que beaucoup imaginaient après une année marquée par l'échec et la crise. Éliminés de la course au Mondial à 48 équipes après avoir terminé derrière le Cap-Vert en phase de groupes, puis battus par la République démocratique du Congo en demi-finales des barrages africains, les Lions Indomptables arrivaient à ce tournoi sans certitude ni élan. Sans promettre un aboutissement total, la trajectoire actuelle suffit pourtant à poser une question centrale : Samuel Eto'o a-t-il, cette fois, vu juste ?
Une décision politique avant d'être sportive
Le limogeage de Marc Brys ne peut être compris sans revenir au conflit ouvert entre la fédération camerounaise et le ministère des Sports. Imposé au printemps 2024 sans concertation avec la FECAFOOT, le technicien belge n'a jamais bénéficié d'une légitimité pleine aux yeux du président de l'instance. Pendant plus d'un an, la sélection a avancé sous une double tutelle, entre décisions contradictoires, tensions publiques et climat de défiance persistant dans le vestiaire.
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Réélu à la tête de la fédération à l'automne 2025, Eto'o a alors choisi d'aller au bout de sa logique. À deux semaines de la CAN, il met fin à une situation qu'il juge intenable et impose sa propre ligne. En agissant ainsi, l'ancien attaquant ne jouait pas seulement son crédit sportif, mais aussi sa crédibilité politique. En cas d'échec, la responsabilité lui serait revenue intégralement. Il a accepté ce risque, convaincu que la clarté valait mieux que le compromis permanent.
Désormais, que du bonus
La nomination de David Pagou s'inscrit dans cette volonté de reprendre le contrôle. Sans révolution tactique, le nouveau sélectionneur a apporté une lecture simple et lisible. Un groupe rajeuni, une hiérarchie assumée, des joueurs choisis pour leur implication plus que pour leur statut. Un cadre clair, immédiatement perceptible sur le terrain, après des mois de flottement et de messages contradictoires. Les mises à l'écart d'André Onana et de Vincent Aboubakar, validées (imposées ?) par Eto'o, ont marqué une rupture nette avec les habitudes passées.
Sportivement, le Cameroun a retrouvé une cohérence qu'il avait perdue. Qualification pour les quarts, élimination de l'Afrique du Sud, et surtout une équipe compétitive, disciplinée, parfois séduisante. Quel que soit l'issue face au Maroc, Eto'o a déjà sécurisé une partie du récit. En cas d'exploit, il apparaîtra comme l'architecte d'un coup de maître. En cas d'élimination, la défaite sera jugée logique face au favori. Dans les deux scénarios, le président a repris la main sur la sélection et réinstallé la fédération au centre du jeu. Un luxe que le Cameroun n'avait plus connu depuis longtemps.
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