Nantes n'a plus pied
Par Julien Demets - 100% Clubs, Mise en ligne: le 05/01/2005 à 21h11
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Le FC Nantes vient de vivre une première moitié de saison parmi les plus mouvementées de son histoire : aux mauvais résultats sportifs s'ajoute une ambiance déplorable entre joueurs, staff technique et dirigeants. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Nantes n'a plus pied

Une intersaison mal gérée, et Nantes plonge

La saison 2003-2004 du FC Nantes s'est conclue sur un bilan satisfaisant : sixièmes en championnat, les hommes de Loïc Amisse n'ont échoué qu'aux tirs au but en finale de la Coupe de la Ligue face à Sochaux. Hélas, l'intersaison va priver l'équipe nantaise de ses meilleurs éléments : le défenseur central Mario Yepes, élu dans le onze type de Ligue 1 par ses pairs, rejoint le PSG en compagnie du latéral gauche Sylvain Armand. Le buteur roumain Viorel Moldovan, après six mois hors du commun lors desquels il aura inscrit 11 buts en 12 rencontres de championnat, prend la direction du Servette de Genève. Un destination qu'empruntera également le meneur de jeu Stéphane Ziani. Nicolas Gillet, le compère de Yepes dans l'axe de la défense, part relever le défi lensois, tandis que Matthieu Berson choisis Aston Villa. Enfin Marama Vahirua, héros du titre de champion conquis en 2001, rejoint l'OGC Nice. Pour palier ces absences, les dirigeants nantais font appel au Colombien Alexander Viveros, en provenance de Boavista (L1 portugaise), et au Paraguayen Julio Caceres, venu de l'Olimpia Asuncion. A ces arrivées s'ajoutent celles de l'attaquant ajaccien Mamadou Bagayoko, auteur de 10 buts la saison passée, et de l'ex-joueur de Galatasaray Florin Bratu, Roumain comme Moldovan. Le jeune Aurélien Capoue, qui jouait à Romorantin (National), complète les emplettes estivales du FCNA. Les supporters de La Beaujoire ne tarderont pas à faire savoir leur mécontentement. Les raisons de la colère ? Une intersaison ratée, selon eux. Commentaire du président nantais Jean-Luc Gripond, pris pour cible par le public : «On a perdu beaucoup de joueurs, mais de l'argent est rentré dans les caisses. Je suis un chef d'entreprise, donc ça compte énormément» . Apparemment, les priorités ne sont pas les mêmes de chaque côté...


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Après cinq mois de compétition, force est de constater que les nouveaux venus n'ont pas fait oublier leurs glorieux prédécesseurs. Les coéquipiers de Mickaël Landreau ne comptent que 18 points après 19 journées de championnat. Avec quatre victoires, six matches nuls et neuf défaites à leur actif, les Canaris, 17èmes du classement, sont directement menacés par Bastia, premier relégable à un point seulement des Nantais. Les coéquipiers de Frédéric Da Rocha ont remporté leur premier succès lors de la 6ème journée, face à Istres (1-0), après deux défaites et trois matches nuls. Après une nouvelle défaite à Monaco (2-1) pour le compte de la 7ème journée, Toulalan et les siens sont parvenus à enchaîner trois victoires contre Lens, Strasbourg et Paris, si bien que l'on a alors cru à un redressement du FCNA, septième au soir de la dixième journée. Hélas, cette embellie n'était que passagère, le victoire contre le PSG étant la dernière à ce jour ! Depuis, Nantes a concédé six défaites et trois résultats nuls. Entre la 14ème et la 18ème journée, Savinaud et les siens n'ont plus été capables de remporter le moindre point. Une série qui a plongé le club de la 9ème à la 17ème place. Le capitaine Mickaël Landreau ne cache pas son inquiétude : «Depuis que je suis au FC Nantes, plus de dix ans maintenant, jamais la situation n'a été aussi critique !»

Les prestations nantaises

Les statistiques assombrissent encore le bilan nantais. La défense a sans cesse dû être remaniée suite à la blessure de Pascal Delhommeau et aux absences en tous genres. Le poste de latéral gauche est si dépourvu depuis le départ pour Paris de Sylvain Armand et de son remplaçant Jean-Hugues Ateba que le technicien nantais l'a parfois confié aux jeunes. Paradoxalement, avec 22 buts pris depuis le début de la saison, l'arrière-garde Jaune fait plutôt bonne figure : Auxerre, troisième au classement, n'en a encaissé que trois de moins. Toutefois, ce chiffre ne permet pas à Landreau et aux siens de compenser leurs faiblesses offensives. Car le problème du FCNA se situe bien dans ce secteur : les 16 buts marqués par l'attaque des Canaris en font l'une des quatre moins efficaces de Ligue 1. Mamadou Bagayoko et Nicolas Savinaud, qui n'est pas un attaquant de métier, sont avec quatre réalisations les joueurs les plus prolifiques de l'équipe. Derrière eux, seul Florin Bratu a réussi à inscrire plus d'un but. Les raisons de cette disette sont simples : Amisse n'a quasiment jamais aligné la même ligne d'attaque, ni le même système offensif. Les blessures et les méformes l'en ont empêché. Ainsi, depuis le début de la saison, les Canaris ont évolué à un, deux ou trois attaquants. A la fin du mois de novembre, le technicien des Canaris avait même présenté à une conférence de presse toutes ses compositions d'équipe depuis le début de la saison, expliquant qu'il n'avait jamais pu constituer un onze type.

Au niveau des performances individuelles, peu de joueurs tirent leur épingle du jeu : la paire de milieux défensifs composée d'Ermese Faé et de Jérémy Toulalan est l'une des plus équilibrées de Ligue 1. La puissance physique du premier complète la vision de jeu du second. Nicolas Savinaud est quant à lui devenu l'homme à tout faire du FCNA. Promené d'un poste à l'autre, il s'est toujours acquitté de sa tâche avec talent. Déjà auteur de quatre buts, son record, il se révèle à 29 ans comme l'un des rares titulaires indiscutables de l'équipe. Le rayon des déceptions est plus fourni : le Paraguayen Julio Caceres a réalisé quelques bonnes prestations mais ne fait pas oublier Yepes. Le Colombien Alexander Viveros apporte encore trop peu à son équipe. Parmi les attaquants, Mamadou Bagatoko, malgré ses quatres buts, fait parfois preuve d'une grande maladresse. Ses compères Pujol, Bratu et Ahamada ne sont pas plus en réussite, et certains matches, comme la réception de Lens pour le compte de la 8ème journée, s'apparentent à une démonstration d'occasions manquées (malgré la victoire 1-0 des Canaris). Même le capitaine Mickaël Landreau, d'habitude irréprochable, y est allé de ses erreurs : contre Sochaux lors du dernier match aller, une sortie manquée offre le second but sochalien à Ilan (score final 2-2). En Coupe de la Ligue, face à Auxerre, sa sortie manquée offre à Pieroni l'égalisation bourguignonne. Quand rien ne va...

Une crise sans précédent, un avenir compromis

La trêve hivernale a vu le FC Nantes littéralement exploser de l'intérieur. Dans l'édition de France Football du mardi 28 décembre, le gardien de but et capitaine nantais Mickaël Landreau s'en prend violemment à son président Jean-Luc Gripond, l'accusant d'avoir procédé à une «démolition en règle» du club. Au sujet de Loïc Amisse, le gardien international avoue «ne toujours pas connaître ses grands principes de jeu» . Le lendemain, à l'entraînement, Amisse signifie à Landreau sa mise à pied de trois jours. «Il m'a demandé de l'annoncer au groupe» , raconte le coach des Canaris, «et tout s'est enchaîné» . L'effectif nantais fait alors bloc derrière son capitaine qui, selon Jérémy Toulalan, «a dit tout haut ce que nous pensons tout bas» . Après quelques jours de tergiversations, au cours desquelles le président Gripond semble incapable de prendre la moindre décision, l'éviction de Loïc Amisse est officialisée. Serge Le Dizet le remplace. Les joueurs ont gagné une bataille. Amisse, blessé, y ira lui aussi de son couplet ravageur, adressé cette fois à Robert Budzinski, le directeur sportif du FCNA : «on ne le voit nulle part, il ne prend aucune initiative. (...) Le milieu a évolué, pas lui» .

C'est tout le football français qui s'est senti concerné par cette crise. Les entraîneurs de Ligue 1 ont dénoncé le manque de respect croissant des joueurs envers leur staff technique. Le coach du PSG Vahid Halilhodzic, très proche de Loïc Amisse avec qui il avait évolué sous le maillot nantais dans les années 80, s'est montré particulièrement virulent à l'encontre de Mickaël Landreau, qualifiant sa conduite de «vraiment dégueulasse» . Une déclaration qui a fait bondir l'UNFP, le syndicat des joueurs, qui dans un communiqué du 5 janvier clame son soutien au portier des Canaris. Au-dessus de la mêlée, la Socpresse, principale actionnaire du FC Nantes, démontre en quelques déclarations de son porte-parole Serge Dassault sa totale méconnaissance du football et son intérêt tout relatif pour la performance sportive en elle-même : «Je ne veux pas perdre d'argent. Le FC Nantes est une entreprise commerciale, pas une oeuvre de bienfaisance qui permet à des joueurs de s'adonner à leur passion en tapant dans un ballon» . Bref, tous les organes du club se tournent le dos. Les supporters, eux, ne peuvent que constater les dégâts...

Toutes ces guerres intestines ne doivent pas faire oublier l'enjeu principal de cette deuxième partie de saison : les résultats sportifs. Premier non-reléguable, FCNA est en danger. «L'objectif c'est le maintien, c'est de laisser trois clubs derrière nous et de retrouver une place plus digne du FC Nantes, a déclaré Serge Le Dizet, conscient de la gravité de la situation. Pensionnaires de l'élite depuis 1963, record national, les joueurs nantais n'ont pas le choix s'ils veulent perpétuer cette incomparable longévité : il faut redresser la tête. En cette période de transferts, certains noms circulent avec insistance du côté de La Beaujoire : Ziani ou Karembeu pourraient effectuer leur retour. Ou comment faire du neuf avec du vieux, diront les mauvaises langues. L'arrivée d'un nouvel entraîneur pour le cycle des matches retour peut coïncider avec la renaissance des Canaris. Pour preuve, l'union sacrée est décrétée : Jean-Luc Gripond a décidé, à regret on l'imagine, de ne pas sanctionner Mickael Landreau « dans l'intérêt supérieur du club» . Espérons toutefois que les conflits entre les différents partis du club n'auront pas miné la fin de saison du FCNA.

Joueurs révoltés, staff bouleversé, actionnaires désintéressés et supporters déprimés. Voilà le triste portrait du FC Nantes en ce début d'année 2005. Jamais le club n'avait été secoué de la sorte. Il devra pourtant redresser la barre s'il ne veut pas connaître des lendemains plus sombres encore...



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