| Les Bleus
vers 2004 : retour sur la Slovénie et Malte |
En l’espace de deux matches, l’équipe
de France a retrouvé son jeu étincellant et son efficacité.
La Slovénie et Malte ont fait les frais du retour en grâce
des Bleus, dont l’objectif initial de ces éliminatoires de l’Euro
2004 est atteint : en trois matches et autant de victoires, ils comptent
neuf points. Retour sur les performances individuelles des joueurs sur
ces matchs.
In Santini We Trust
C’est une résurrection ! Le
mot est fort certes, mais il faut avouer qu’après les heures difficiles
vécues suite au Mondial et le doute qui s’installait inexorablement
avec les rencontres laborieuses contre la Tunisie et Chypre, la France
revient de loin. Remis sur de très bons rails après ces matches
face à la Slovénie et Malte, les Bleus retrouvent le sourire
et par la même occasion le chemin du succès. Attention toutefois
de ne pas tomber dans l’excès euphorique de la même façon
où nous nous étions, comme un seul homme, jetés à
bâtons rompus sur cette équipe après sa déconvenue
du Mondial. Trois matches des éliminatoires de l’Euro 2004 ont été
joués, pour autant de victoires. Il en reste quand même cinq,
qu’il faudra négocier avec les mêmes envie et rigueur pour
obtenir la qualification.
France-Slovénie
Dans son jardin du Stade de France,
l’équipe de Jacques Santini a été intouchable samedi
dernier. Les Bleus ont livré la copie parfaite, asphyxiant littéralement
des Slovènes bien incapables de sortir la tête du sac. Cette
victoire 5-0 a le mérite d’éclaircir l’avenir de la sélection
tricolore. La Slovénie était supposée endosser le
maillot d’outsider de ce groupe 1, mais cette lourde défaite l’oblige
à repenser ses ambitions. Mais l’équipe nationale d’Israël,
après sa victoire 2-0 sur Malte, peut-elle légitimement prétendre
rivaliser avec la France dans ses éliminatoires ?
Car les Bleus version Santini ont
frappé fort et paraissent nettement au-dessus de leurs adversaires
du groupe 1 à l’issue de ces trois premiers matches. La clé
du succès ? Le sélectionneur s’appuie sur ce jeu d’associations
déjà rôdées en club. Une idée qui n’est
pas neuve car de tout temps les sélectionneurs nationaux ont utilisé
ce type de combinaisons, avec plus ou moins de succès. La défense
Gallas-Desailly par exemple, reconnue à Chelsea, s’est parfaitement
fondue dans le moule de l’équipe de France en l’espace d’un match.
De même, la paire Zidane-Makelélé ou le trio Vieira-Wiltord-Henry
(orphelin temporairement du quatrième mousquetaire Pirès)
reproduisent avec aisance en sélection les automatismes acquis respectivement
au Real Madrid et à Arsenal. Saupoudrer le tout de joueurs efficaces
issus de clubs moins adeptes du French Flair, et vous vous retrouvez avec
une équipe de France battante, qui inspire de nouveau la crainte.
Joueur par joueur lors de France
- Slovénie
Barthez : le portier français
a passé une soirée tranquille, où il n’a eu que deux
ou trois sorties à effectuer. Peu sollicité, il a toutefois
joué au pied à quelques reprises pour relancer son équipe
vers l’avant.
Thuram : grand match du défenseur
turinois. Lilian a été très solide. Situé idéalement
sur le terrain, il a profité de l’excellence toute entière
de ses coéquipiers pour faire quelques incursions en attaque. C’est
lui qui livre le centre du deuxième but de Steve Marlet. Ses
commentaires d’après match : "Nous avons fait preuve de combativité
et d’agressivité, cela m’a plu. Il fallait se rassurer après
le match de Chypre". Il fut remplacé par Willy Sagnol en
fin de rencontre. Ce dernier toucha quelques ballons, mais trop peu pour
se faire une idée de son jeu.
Desailly : pour sa centième
sélection, Marcel ne pouvait rêver mieux. Le capitaine
n’a pas failli une seule fois. Ses commentaires d’après match :
"Quand on retrouve ce jeu de passes, ces redoublements et cette qualité
offensive qui fait notre force, on sait qu’on a rien à craindre".
Gallas : à l’inverse
de l’expérimenté Desailly, William livrait là son
premier match et sa première sélection en Bleu. Très
appliqué, sans doute rassuré par son entente éprouvée
à Chelsea avec le capitaine des Bleus, Gallas a été
très bon. Ses commentaires d’après match : "C’était
la première fois que je jouais au Stade de France. J’ai eu des émotions
fortes lors de l’entrée dans l’enceinte. Mon premier ballon n’a
pas été bon, mais je me suis repris après grâce
à l’aide de mes coéquipiers".
Silvestre : galvanisé
par l’efficacité de cette défense, Mickael a été
à la hauteur, mais en dessous du niveau imposé par ses coéquipiers
de la défense. C’est lui qui apporte, en fin de partie, le centre
sur la tête de Govou, synonyme de cinquième but pour les Bleus.
Vieira : après quelques
matches en sélection difficile, on a retrouvé Patrick Vieira.
Le Gunner, auteur du premier but en début de partie, a été
énorme. Il a touché beaucoup de ballons et fait preuve d’une
grande maîtrise.
Zidane : très inspiré,
le Madrilène devait faire oublier sa pâle prestation contre
Chypre. Le contrat a été rempli puisqu’il n’a cessé
de nous enchanter avec ses contrôles venus d’ailleurs et ses passes
lumineuses. Et dire que l’on pensait qu’il ne prenait plus de plaisir à
jouer en équipe de France !
Makelélé : le
Madrilène n’est pas rentré instantanément dans la
partie. Mais une fois lancée, il a donné la pleine puissance
de son attirail. Intraitable défensivement, contribuant épisodiquement
à l’animation offensive, il a fait du mal à la Slovénie.
Marlet : discret en début
de partie, le joueur de Fulham a profité de l’attraction suscitée
par Thierry Henry auprès des défenseurs slovènes pour
les surprendre. Auteur de deux buts d’attaquant pur et dur, il s’est enfin
révélé comme un véritable international. De
bon augure pour lui, quand on sait que la concurrence s’appelle Cissé
ou Trézeguet. Et n'oublions pas non plus Sidney Govou, qui
l'a remplacé en fin de partie. Le Lyonnais n'a pas mis longtemps
à trouver ses marques, et inscrire son premier but en Bleu sur une
tête.
Henry : Thierry a pris la
rencontre par le bon bout. C’est lui qui offre le premier but à
Patrick Vieira. Ses courses et sa vivacité d’exécution ont
affolé la défense slovène. Pourtant il n’a pas marqué,
même s’il en crevait d’envie.
Wiltord : insaisissable et
très attractif en attaque, Sylvain a livré une partie remarquable.
Toujours dans les bons coups, s’entendant parfaitement avec Henry et Vieira,
il a multiplié les appels et les tentatives. Il a d’ailleurs tenté
sa chance et inscrit son quatorzième but en Bleu. Bruno Cheyrou
le remplace en fin de partie, et se contente du minimum dans une partie
déjà pliée.
Malte-France
Face à Malte, et forts de
leur succès sur la Slovénie, les Français arrivaient
à la Valette avec un ascendant psychologique flagrant. Dans cette
optique, le sélectionneur décidait de reconduire exactement
la même équipe que face aux Slovènes. Tout était
pourtant réuni pour que les Bleus tombent sur un os : un terrain
à l’état déplorable, un adversaire a priori faible,
inconnu de la sélection française et capable de surprise
de temps à autre. Mais l’équipe de France ne s’est pas laissé
duper. Avant la rencontre, Jacques Santini avait dû mettre les pendules
à l’heure et faire retomber le soufflé cuisiné samedi
au Stade de France. Les Bleus n’ont donc pas failli, et ont proprement
travaillé leur différence de but (+10 au terme de ces trois
premiers matches).
Pourtant, la copie paraît moins
propre que celle rendue contre la Slovénie. Pas que la France est
due marquer cinq buts également à Malte pour écarter
les critiques, mais on a trouvé les Bleus un peu maladroits, déstabilisés
par ce terrain en mauvais état et par cet adversaire au répondant
très limité. Néanmoins, l’équipe de France
a assuré l’essentiel : une victoire nette, acquise à l’extérieur.
Joueur par joueur lors de Malte
- France
Barthez : peu de travail encore
une fois pour Fabien, même s’il a dû à deux reprises
intervenir pour éviter aux Maltais de reprendre espoir. Son jeu
au pied de relance aurait pu être plus décisif.
Desailly : le capitaine a
fait preuve de beaucoup d’autorité. Il ne s’est jamais laissé
surprendre. Il faut avouer que son potentiel physique et technique, bien
supérieur à celui des attaquants de Malte ont suffi à
le mettre à l’abri.
Gallas : il a confirmé
ses bons débuts contre la Slovénie. William n’a jamais manqué
de jus et comme Desailly, a été très attentif et sûr.
Aurait-il définitivement écarté Philippe Christanval
? En tout cas, la défense centrale qu’il compose avec le capitaine
a marqué des points. Ses commentaires d’après match : "Personnellement,
cela s'est très bien passé. Je commence à trouver
mes repères. Mes coéquipiers m'aident. C'était plus
difficile mentalement que lors du match contre la Slovénie samedi".
Il fut remplacé par Philippe Mexès. L’Auxerrois n’a
pas eu grand chose à faire, mais s’est acquitté de sa tâche
avec la même assurance qu’en club. Il aurait même pu, en toute
fin de partie, être l’auteur du cinquième but français.
Thuram : un peu moins affûté
que samedi dernier, Lilian a pourtant largement œuvré au succès
des Bleus. Sur son côté droit, il a parfaitement amorcé
les tentatives d’attaques françaises et désamorcé
les rares occasions maltaises. S’il fait partie des "anciens" de l’équipe
de France, il n’en est pas moins frais et impeccable comme à ses
premiers jours.
Silvestre : il n’était
pas en sursis, mais savait qu’il n’avait pas été le meilleur
en défense samedi dernier. Mickael s’est donc bien rattrapé,
et ne s’est jamais laissé surprendre par des attaquants maltais,
il est vrai peu valeureux.
Vieira : il est l’un des Bleus
à avoir touché le plus de ballons (86, et il est sorti avant
la fin du match !). Sa partie a été très bonne, dire
qu'il était légèrement blessé au dos ! Il fut
remplacé par Dacourt en fin de match. Le milieu de Leeds
est bien rentré dans un match déjà plié. Avec
un profil plus offensif que son copain d’Arsenal, Olivier aurait très
bien pu couronner cette sélection d’un but. Ses commentaires d’après
match : "on est content du résultat, qui est bien pour la confiance.
Le plus important était de marquer le premier but. Après
on savait qu'on pouvait enchaîner. Neuf points, c'était ce
qu'on nous demandait. Le contrat est rempli".
Makelélé : si
Petit ne revient pas vite à la compétition, Claude Makelélé
risque de lui prendre sa place de titulaire en équipe de France
pour de bon ! Le Madrilène a été très efficace,
parfait relais entre l’attaque et la défense française. Son
rendement est impressionnant et son entente, non seulement avec Zidane,
mais aussi avec Vieira est du tonnerre.
Zidane : pas tout à
fait à l’aise, Zinédine a livré un match correct,
sans plus. Il a manqué un but tout fait offert par Steve Marlet
à la demi-heure de jeu. Le reste du temps, il a fait parler
sa technique et a pris le dessus sans forcer son talent. Il a fait preuve
d’un petit peu de maladresse, sans danger pour son équipe.
Wiltord : il n’a pas aussi
bien réussi à plonger dans les trous de la défense
adverse que d’habitude, mais son habileté devant le but et ses courses
effrénées ont tourné la tête aux Maltais. Auteur
d’un but à l’arraché, il aurait pu corser l’addition. À
Arsenal comme en Bleu, il se révèle à chaque sortie
comme une valeur sûre.
Henry : on le sentait déçu
de ne pas avoir marqué samedi. Thierry s’est bien rattrapé
à la Valette où, outre son doublé, il a apporté
sa qualité offensivement. Il fut remplacé par Eric Carrière,
qui est rentré très vite dans le match, et a inscrit son
troisième but en Bleu. Ses commentaires d’après match : "On
a su éviter le piège. Le danger, c'était qu'ils nous
"bouffent" physiquement. Rapidement on a senti que cela pouvait passer
et c'est passé".
Marlet : Steve a mieux démarré
la partie que contre la Slovénie. C’est lui qui se crée la
toute première occasion du match à la sixième minute.
Très impliqué, il n’a pas marqué, mais a contribué
au succès de son équipe. Ses commentaires d’après
match : "C'est une équipe conquérante, sûre d'elle.
L'objectif fixé par le coach est rempli. On n'a pas été
mis en danger. Il ne fallait pas se déconcentrer, ni s'énerver".
La confiance revenue, les Bleus
peuvent aborder la suite de leur saison avec sérénité.
Le 5 novembre, l’équipe de France championne du monde en 1998 affrontera
l’Olympique de Marseille lors d’un match de gala au profit des sinistrés
du Gard. La dernière rencontre amicale de l’année sera disputée
le 20 novembre au Stade de France contre la Yougoslavie. Après un
autre match amical à domicile le 12 février 2003 face à
la République Tchèque, les éliminatoires de l’Euro
2004 reprendront leurs droits le 29 mars à Lens avec le match retour
contre Malte.
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à cet article - Etienne Sautereau
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